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Apostilles :

Petites marques pour rafraîchir la mémoire des choses qu'on a vues".

"Les apostilles tirent leur nom du latin post illa, "après ces choses" et se mettent alors surtout dans la marge de gauche, qu'il s'agisse de la modification apportée à un acte juridique ou de la remarque que l'on ajoute aujourd'hui en bas de page.

Cette rubrique a pour objet la publication bimestrielle d’un texte inédit.
Sans avoir le projet de devenir un magazine, ni une revue, pourinfos.org souhaite partager périodiquement dans un temps décalé de l’événementiel, une pensée contemporaine.
Les textes que vous lirez dans cette rubrique aborderont des sujets concernant les arts visuels mais aussi des sujets connexes de société, politique, technique, etc…


Apostils:

“Small annotations designed to remember things we have seen”.

The word apostil comes from the Latin “post illa”, “after those things” and is generally written in the left margin, whether it is a legal document or the note that we added today at the bottom of a page.

The purpose of this column is to publish an original text on a bi-monthly basis.
pourinfos.org wishes to share periodically contemporary thoughts in a non-synchronized time/news (headlines) relationship with no further intention to become a magazine or a review.
The articles that you will read in this column will not only debate matters about visual arts, but also about topics related to society, politics, techniques, etc…

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Sommaire :


- La mise en scène des œuvres d’art. Remarques à propos de la scénographie d’exposition. | Jérôme Glicenstein | 04/05/2006 |

- L'Artiste et ses "modèles". | Jean-Claude Moineau | 04/04/2006 |

- Le Net : vers une cartographie sémantique et sociale. | Rémi Sussan | 14/12/2005 |


Summary:

- Displaying works of art. Some remarks about exhibition design. | Jérôme Glicenstein | 04/05/2006 |

- The artist and his “models”.| Jean-Claude Moineau | 04/04/2006 |

- The Net: towards a semantics and social cartography. | Rémi Sussan | 12/14/2005 |


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La mise en scène des œuvres d’art. Remarques à propos de la scénographie d’exposition

Par Jérôme Glicenstein


[English version]


La question de la scénographie d’exposition est largement méconnue et mal comprise ; le travail du scénographe étant parfois confondu avec celui du commissaire ou de l’artiste. Cette confusion tient aussi au fait que nombre de scénographes sont également artistes, architectes, décorateurs, designers, etc. L’incertitude quant à l’activité des scénographes d’exposition s’étend au fait qu’ils peuvent simultanément être scénographes de théâtre, travailler pour des musées d’art ou de sciences, des galeries privées, des biennales et salons professionnels, etc. L’activité elle-même semble difficile à définir : il peut s’agir d’accrocher des peintures « à la chaîne » (dans les grands musées), ou à l’inverse de se contenter de planter quelques clous dans les murs d’une galerie. Il peut arriver que ce travail passe complètement inaperçu, alors qu’à l’inverse certains scénographes sont reconnus comme de grands créateurs (Robert Wilson, Philippe Starck, Jean Nouvel…).
La scénographie d’exposition existe pourtant depuis longtemps. Au moins depuis que les œuvres d’art sont exposées hors de leur contexte d’origine. Ainsi, dès la création du Salon officiel en France (à la fin du 17e siècle), l’une des fonctions principales des « commissaires aux tableaux » consistait dans l’arrangement des œuvres, les unes par rapport aux autres, tout en proposant un ordre aux visiteurs. Cet ordre était d’ailleurs assez peu « esthétique » ; reflétant surtout la hiérarchie académique, la hiérarchie des genres, ainsi que diverses règles de bienséance. Au départ les commissaires aux tableaux étaient des membres de l’Académie ; par la suite, et pendant toute la durée du Salon, ce seront toujours des artistes qui « arrangeront » l’accrochage. Des artistes aussi différents que Chardin, Renoir, Matisse ou Léger ont ainsi été « placiers » lors de salons [1].

L’« âge d’or » de la scénographie d’exposition a lieu dans les années 1920-1930, au moment de la réorganisation de nombreux musées et de la création des premiers musées d’art moderne. La plupart des acteurs de l’art moderne en sont parti prenantes : notamment Alexander Dorner, Alfred Barr, René d’Harnoncourt, Louis Hautecoeur, El Lissitzky, Herbert Bayer, Frederick Kiesler... Lissitzky résumait assez bien le passage de la question de l’arrangement de la cimaise à celle de l’ensemble de l’espace d’exposition : « [L’]espace [n’est] pas ce que l’on regarde par le trou de la serrure, pas ce que l’on voit par la porte ouverte. L’espace n’est pas seulement là pour les yeux, ce n’est pas un tableau : on veut vivre dedans. ». Aussi, ajoutait-il, c’est d’une expérience singulière, une « expérience réelle » et mouvante qu’il s’agit, non réductible à un moment unique : « Dans une exposition, on circule en tournant. C’est pourquoi cet espace doit être organisé de telle manière qu’il amène par lui-même à s’y promener d’un mouvement rotatif ». Il est important, expliquait-il encore, que le « spectateur [soit] physiquement obligé de réagir aux objets de l’exposition [2] ». À la même époque et dans un registre engageant également la « participation » du spectateur, Frederick Kiesler avait lui mis au point des systèmes d’accrochage — ce qu’il nommait des « machines de vision » — permettant aux visiteurs d’ajuster la hauteur des images et des objets (ce qui avait pour conséquence de modifier la « cohésion d’ensemble » de l’accrochage [3] ). D’autres scénographes vont s’attacher à la prise en compte des facteurs « physiologiques » dans l’aménagement des espaces. C’est le cas de Herbert Bayer dont les diagrammes des « limites du champ de vision » visaient à définir les « conditions de la visite » dans une optique « scientifique » et « déterministe ». Selon ses mots : « Une exposition… des peintures, photographies, etc., n’est qu’une partie… de nouveaux et complexes moyens de communication. Une thématique exposée… devrait pénétrer et laisser une impression sur le visiteur. Elle devrait… le conduire à une réaction planifiée et directe [4] ».

Plus récemment, se pose de plus en plus la question des limites entre les interventions respectives de l’artiste et du scénographe. Le réglage de la lumière sur une œuvre fait-il partie de celle-ci ? L’artiste doit-il décider de la couleur des murs, du mobilier, des cartels, de la signalétique ? Comme l’a fait remarquer très justement Louis Marin, « (…) l’accrochage n’est pas une opération secondaire indifférente à l’œuvre d’art, mais une des séquences de sa production, le terme même de production — emmener ou conduire l’œuvre d’art “en avant” d’elle-même, la pousser à l’être — [désignant] la monstration comme l’une de ses composantes [5] ». Le cas le plus banal et le plus parlant de ce genre de problème est celui des interventions sous forme d’installations. Il arrive en effet qu’une œuvre et sa scénographie se superposent ou soient quasi-identiques. Par exemple, à la biennale de Venise 1999, il y avait une installation vidéo, due à l’artiste écossais Douglas Gordon, qui consistait en la projection de deux extraits identiques et mis en boucles de Taxi Driver, sur deux murs opposés d’une salle, avec un léger décalage. Il ne s’agissait évidemment pas d’une exposition du film Taxi Driver de Martin Scorsese, mais d’une œuvre basée sur une « réinterprétation » et mise en espace singulière de ce film. On pourrait multiplier les exemples à l’infini. De fait, certaines œuvres — lorsqu’elles sont réalisées « in situ » — tendent à être pratiquement indissociables de leur scénographie. Les seuls éléments échappant éventuellement à l’œuvre proprement dite étant les « cartels », la « signalétique », le « parcours » d’accès et parfois l’éclairage ou l’architecture du lieu.

Tout autres sont les problèmes causés par l’adaptation d’œuvres qui n’ont pas été conçues pour être exposées dans le champ des arts plastiques : œuvres littéraires, pièces sonores, films, performances, sites Internet... — et dans une moindre mesure, formes d’art extra-occidentales, design, graphisme, architecture, etc. Le travail de la scénographie d’exposition consiste alors à créer des « objets exposables ». Pour la littérature, cela revient à isoler des fragments de texte, concevoir des cabinets de lecture ou à faire lire des textes en public ; pour l’architecture, il peut s’agir de travailler sur les « représentations », croquis, plans, photos, maquettes, prototypes, animations en images de synthèse, etc. ; pour les arts du spectacle, il est souvent question de mettre en scène des maquettes, photos, enregistrements, voire de programmer des performances ou concerts dans l’espace de l’exposition (ou en marge de celui-ci). Le cas des arts extra-occidentaux ou des « arts appliqués » est un peu différent en ce qu’il suppose de choisir entre une approche « documentaire » (films, photos, documents, démonstrations, etc.) et une approche « esthétisante » (soclage des objets, isolation, travail de mise en valeur par l’éclairage). Ces « adaptations » attirent l’attention sur le fait qu’une exposition ne peut se produire sans « définition préalable » des objets à exposer. D’autant plus que certains objets adaptés par nécessité au format d’une exposition sont parfois « réinventés pour l’occasion ». Le développement des « espaces de lecture » au sein des expositions ces dernières années — au Palais de Tokyo par exemple — témoigne en tout cas de la nécessité de produire constamment de nouveaux moyens d’accès aux œuvres contemporaines. C’est par exemple une question cruciale dans le cas des œuvres interactives ; œuvres souvent plus « consultables » qu’« exposables » au sens traditionnel.

Ces dernières années, le problème scénographique le plus courant dans le contexte de l’exposition d’art contemporain concerne la présentation de films ou de vidéos. L’une des difficultés principales est celle de la durée : si le dispositif de la salle de cinéma se prête bien à la diffusion de films longs, ce n’est pas le cas de celui des expositions d’art. Françoise Parfait posait la question ainsi : « Comment rester debout dans un espace ouvert face à la projection d’une monobande d’une demi-heure (sans que le spectateur ne soit informé de cette durée), qu’il faut voir en entier pour en saisir le sens ? Faut-il imaginer des salles de projection pour la vidéo dans les musées et centres d’art ? Ou bien des salons “télé” confortables [6]? ». La question s’est posée de manière particulièrement aiguë lors de la dernière Documenta de Kassel (en 2002), où étaient présentées plusieurs centaines d’heures de vidéo (qu’il était matériellement impossible de toutes voir). Comment parvenir à obtenir une concentration satisfaisante, lorsqu’une projection est perdue dans le « flux » d’une exposition ? Comment résoudre les problèmes d’« interférences sonores » lorsque sont exposées plusieurs vidéos simultanément ? Ces problèmes expliquent sans doute l’introduction d’expressions comme « cinéma d’exposition » ou « cinéma installé » pour désigner des formes qui n’ont plus rien à voir avec les dispositifs de présentation « classiques » du cinéma et qui ne peuvent exister que dans le champ des expositions d’art contemporain.
La question de l’exposition de l’image animée met simultanément en relief le fait que la façon dont les « relations » sont gérées — relation des œuvres au public et relation entre les membres du public —, fait partie de la scénographie. Et de fait, « une exposition (…) est une installation en un même lieu de choses et d’un public [7] ». L’espace ne s’ordonne pas uniquement autour des œuvres, mais aussi en fonction des besoins du public, en essayant de rendre la visite aussi satisfaisante que possible. Au 19e siècle, les mauvaises conditions de visite des grandes expositions comme le Salon étaient un sujet récurrent de commentaires ironiques dans la presse ; dans le contexte contemporain, c’est plus rare, et la prolifération des espaces de repos, des audioguides, des cafétérias et autres boutiques de souvenirs témoigne du souci constant d’optimiser les conditions de la visite.

Deux constats ont été fait à propos du point de vue des visiteurs et des « usages » d’une exposition. Le premier est qu’en étudiant les « habitudes » des visiteurs il devient envisageable de « modéliser » leurs parcours. Ainsi, depuis les années 1920 des études spécifiques ont été entreprises afin de déterminer le nombre et les emplacements les plus adaptés pour les objets dans une exposition. Et ces études ont montré que le comportement des visiteurs variait de manière relativement « prévisible » selon le milieu étudié, le type d’exposition, la disposition des salles, les parcours proposés, le nombre d’objets, etc., ce qui n’est pas sans conséquences sur la scénographie [8] . Le deuxième constat découle du précédent et il est plus « critique ». Il est fait par l’historien des médias, Jonathan Crary et concerne le fait que les spectateurs d’une exposition sont bien souvent des « observateurs », dans le sens où ils « observent » — au sens de « se conformer à » et « respecter » — les règles qui leur sont imposées, les codes, les consignes, les usages. Citons Crary : « Bien qu’il soit à l’évidence une personne qui voit, un observateur est par-dessus tout une personne qui voit dans le cadre d’un ensemble prédéterminé de possibilités, une personne qui s’inscrit dans un système de conventions et de limitations ». Comme l’annonçait un texte distribué à l’entrée de l’exposition « panaméricaine » de 1901 : « Nous vous prions de ne pas oublier qu’une fois franchies les portes, vous faites partie de l’exposition [9] »

La question de l’appréciation de la scénographie d’exposition se pose plus nettement depuis une quarantaine d’années ; à la fois depuis qu’il est devenu clair que ces arrangements pouvaient produire du « sens » et depuis que certains commissaires d’expositions se sont mis à revendiquer la paternité d’accrochages spécifiques, en tant que forme de « création artistique ». Les transformations produites sur une œuvre (ou un ensemble d’œuvres) « par l’accrochage » sont en effet considérables. Une peinture de Manet accrochée à côté d’une peinture de Vélasquez a des conséquences sur la « lecture » qui est faite de ces œuvres [10] . Une scénographie d’exposition est un exercice largement subjectif de « décomposition et recomposition » permanent. Ce n’est jamais neutre : Éric Troncy avait présenté une femme nue d’Helmut Newton, à côté d’une Vierge en plâtre de Katarina Fritzsch ou une peinture de Bernard Buffet devant une peinture murale de Sol Lewitt, au désespoir de certains commentateurs [11] . Les « relations » qui sont proposées entre les œuvres par le scénographe donnent à voir les « compréhensions » spécifiques qui en sont faites. Est-il possible de conserver la mémoire de tels arrangements signifiants ? Sans se prononcer sur le statut à leur accorder, le MoMA s’est mis dès les années 1930, à exposer des images et de la documentation concernant des scénographies d’exposition « historiques [12] ». Plus récemment, depuis les années 1970, des scénographies ont été recréées au sein d’expositions. C’était déjà le cas à « Paris-New York » (1977) ou à « Paris-Paris » (1981). Ces dernières années cela a pu être constaté dans un grand nombre d’expositions ; notamment à « Dada » où était présentée une reconstitution approximative de l’exposition Picabia à la Galerie Dalmau de Barcelone, ainsi qu’une (tout aussi approximative) reconstitution de la Première foire internationale Dada de Berlin (1920). C’est d’ailleurs presque devenu un « genre » à part entière : en 1989 à l’exposition « Stationen der Moderne » à la Berlinische Galerie (Berlin) jusqu’à vingt expositions historiques allemandes avaient été reconstituées [13] .


Jérôme Glicenstein
Paris, le 4 mai 2006




Notes :

[1] Pour une histoire générale du Salon, voir Gérard-Georges Lemaire, Histoire du salon de peinture, Paris, Klincksieck, coll. Etudes, 2004.
http://www.klincksieck.com/accueil.html

[2] Il existe de nombreux ouvrages sur Lissitzky. L’une des références principales est le livre de Sophie Lissitzky-Küppers, El Lissitzky : Life, Letters, Texts (1967), New York, Thames & Hudson. 1992.
http://www.abebooks.com

[3] Parmi les quelques catalogues bien documentés sur Frederick Kiesler, voir en particulier, Frederick Kiesler artiste-architecte (sous la direction de Chantal Béret), ouvrage publié à l’occasion de l’exposition au CNAC-Georges Pompidou, Paris, Editions du Centre Pompidou, 1996.
http://www.cnac-gp.fr/

[4] À propos de Herbert Bayer, voir notamment, Alexander Dorner, The Way Beyond “Art” – The Work of Herbert Bayer, New York, Wittenborn, Schultz, Inc., 1947.
http://www.questia.com/

[5] Voir Fabrice Hergott, « Réponses au questionnaire “Accrocher une œuvre d’art” », dans Cahiers du MNAM n°17/18, « L’œuvre d’art et son accrochage », Paris, Centre Georges Pompidou, 1986, p. 207.

[6]Françoise Parfait, Video : un art contemporain, Paris, Regard, 2001, p. 170.
http://www.editions-du-regard.com/regard/essais.html

[7] Claquemurer pour ainsi dire tout l’univers. La mise en exposition (sous la direction de Jean Davallon), Paris, MNAM/CCI, coll. alors :, 1986, p. 205.

[8] Voir par exemple : Publics et Musées n°8, « Études de publics, années 30 », Lyon, PUL, juillet-décembre 1995.
http://presses.univ-lyon2.fr/article.php3?id_article=19&id_livre=194

[9] Jonathan Crary, L’art de l’observateur. Vision et modernité au XIXe siècle (trad. F.Maurin), Nîmes, Jacqueline Chambon, coll. Rayon photo, 1994 (éd.originale : Cambridge, MIT, 1990), p. 26.
http://fr.bookbutler.com/
http://books.google.com/

[10] C’est l’objet du livre de Victoria Newhouse, Art and the Power of Placement, New York, The Monacelli Press, 2005.
http://www.rochester.edu/in_visible_culture/Reviews/MGreview.html
http://www.amazon.com/Art-Power-Placement/dp/product-description/1580931480

[11] Daniel Buren, “Where are the Artists”, dans The Next Documenta Should Be Curated by an Artist, juin-novembre 2003 ; accessible sur http://www.e-flux.com.
http://www.e-flux.com/projects/next_doc/d_buren_printable.html

[12] Sur ce sujet voir en particulier le livre de Mary Anne Staniszewski, The Power of Display. A History of Exhibition Installations at the Museum of Modern Art, Cambridge Ma-London, MIT Press, 1998.
http://mitpress.mit.edu/catalog/item/default.asp?ttype=2&tid=8169

[13] Stationen der Moderne. Die bedeutenden Kunstausstellungen des 20. Jahrhunderts in Deutschland, Berlin, Berlinische Galerie, 1988.
http://www.berlinische-galerie.de




Biographie de Jérôme Glicenstein :

Jérôme Glicenstein est artiste et maître de conférences en Arts plastiques à l’Université Paris 8 (Saint-Denis). Son enseignement et ses recherches portent sur les théories et pratiques de l’exposition. Dans ce cadre, il est responsable d’une galerie universitaire et du cycle d’expositions « Placer/déplacer » au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis. Par ailleurs, il collabore régulièrement à différentes revues — notamment la Revue d’esthétique — et dirige la revue Marges. Il a en outre publié un certain nombre d’articles sur les relations entre art et nouveaux médias.




Publications à paraître :

« Dispositif », dans Dictionnaire du corps (sld. Michela Marzano), Paris, PUF, 2006.
« L’art contemporain peut-il être populaire ? Remarques à propos de Nuit blanche », Revue d’Esthétique n°46, 2006.
« From Spectator to Actor: Experiments in the Gallery of Paris8 », dans Proceedings of the XIXth Congress of IAEA (sld Jean-Christophe Vilatte), Avignon, IAEA, 2006.




Principales publications récentes :

« Internet — Sites d’artistes », Encyclopædia Universalis (CD-Rom), Paris, 2000.
http://www.universalis.fr/

« Le paysage panoptique d’Internet. Remarques à partir de Jeremy Bentham », Revue d’Esthétique n°39, Paris, Jean-Michel Place, 2001, p. 97-115.
http://www.jeanmichelplace.com/fr/revues/detail.cfm?ProduitID=1114&ProduitCode=7#

« Statistiques, rumeurs et anarchie », Parpaings n°25, 2001, p. 21-22.
http://www.jeanmichelplace.com/

« Le Guggenheim Virtuel », dans http://www.mudam.lu (sld Claude Closky), musée Grand-Duc Jean, Luxembourg, 2002.
http://www.mudam.lu

« Qu’attendez-vous du Palais de Tokyo ? », l’Info Noir/Blanc n°23, 2002.
http://www.caap.asso.fr/spip.php?rubrique2

« Le Palais de Tokyo : un “cinéma de situations” », Revue d’Esthétique n°42, Paris, Jean-Michel Place, 2003.
http://www.jeanmichelplace.com/fr/revues/detail.cfm?ProduitID=628&ProduitCode=7

« La muséologie d’Internet : quelques remarques à propos du Guggenheim Virtuel », dans L’art à l’époque du virtuel (sld Christine Buci-Glucksman), Paris, L’Harmattan, coll.Arts8, 2003.
http://www.editions-harmattan.fr/

« Changer de convictions ou changer de rôle ? Remarques à partir d’une enquête menée par le Site de création contemporaine du Palais de Tokyo », dans Art : changer de conviction (sld Jacques Morizot), Paris, L’Harmattan, coll. Arts8, 2004.
http://www.editions-harmattan.fr/

« La création artistique contemporaine face aux nouveaux médias », dans Arts plastiques et nouvelles technologies, Saint-Denis, Musée d’art et d’histoire, 2004.

« Quelques remarques à propos de Matrix », Revue d’Esthétique n°45, Paris, Jean-Michel Place, 2004.
http://www.jeanmichelplace.com/fr/revues/detail.cfm?ProduitID=1114&ProduitCode=7

« Le commissaire d’exposition entre auteur et interprète », Dossier signature, n°57, Montréal, Esse arts+opinions, 2006.
http://www.esse.ca/fr/sommaire_ar.php?no=57




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115 expositions européennes mises en scène par des architectes
du 7 juillet 2006 au 22 octobre, 2006

Pavillon de l'Arsenal
24 bld. Morland
75004 Paris France
http://www.pavillon-arsenal.com/expositions/thema_modele.php?id_exposition=175
http://www.pavillon-arsenal.com/img/exposition/175/cp/PAV_175_CP.pdf



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Displaying works of art. Some remarks about exhibition design.

By Jérôme Glicenstein



The issue regarding exhibition design is widely ignored and misunderstood, since the display designer’s work is often confused with the curator’s or the artist’s. This stems from the fact that some exhibition designers also can be artists, architects, decorators or interior designers. The misconception surrounding exhibition designers can also be explained by the fact that they can simultaneously be theater-set designers, working for art and science museums, private galleries, biennials and professional shows. The task itself seems difficult to define since it varies from hanging paintings in a row (as seen in large museums) to putting up a few nails in a gallery. The work could go completely unnoticed, while some display designers including Robert Wilson, Philippe Starck or Jean Nouvel are recognized as major creators.
However, exhibition display has existed for a long time, at least since art has been shown outside its original context. This is why, since the creation of the “Salon officiel” set in France (at the end of the 17th century), one of the curators’ main functions was to display art pieces in such a way that they relate to each other thus proposing a certain order to the visitors. At first, this approach was not necessarily related to “aesthetics” but followed academic and genres priorities and other rules of etiquette. At first, curators were Academy members; later on however, during the whole existence of the Salon, it was the artists themselves who arranged exhibitions display. Artists as different as Chardin, Renoir, Matisse or Léger occasionally played this role at the salons [1].

The “Golden Era” of exhibition design was during the 1920’s and 30’s, when many museums were reorganized and the first museums of modern art came into existence.
Many of the modern art protagonists of the time were involved, Alexander Dorner, Alfred Barr, René d’Harnoncourt, Louis Hautecœur, El Lissitzky, Herbert Bayer or Frederick Kiesler... Lissitzky summarized pretty well the passage regarding wall set-up within the arrangement of the whole space: “One doesn’t look at the space through a keyhole, nor through an open door. The space is not only meant for the eyes, it is not a painting: one wants to live within”. He also added that it was an odd experience, “a genuine and moving experience” that could not be reduced to a sole instant. “During an exhibition, one strolls around. This is the reason why the space should be planned in a way to allow visitors to move around freely. He explained how important it was that the public physically react to the pieces shown in the exhibition [2] ”. During the same period and with a similar commitment of “involving” the visitors, Frederick Kiesler perfected several systems of displaying paintings that he called “vision machines”.
These machines allowed visitors to adjust the height of images and objects, (consequently modifying the “whole cohesion” of the exhibition [3] ). Other display designers incorporated the concept of “physiological” factors in the disposition of the space. This is the case of Herbert Bayer, whose “limitations of the field of vision” diagrams meant to define the “conditions of the visit” from a “scientific” and “deterministic” point of view. He explains that “an exhibition… paintings… or photographs, are only a part… of new and complex means of communication. A particular theme in an exhibition… should penetrate and move the visitor inside. It should… lead him to a direct and pre-planned reaction [4] ”.

Recently, the question about the limits between the artist’s involvement and the exhibition designer’s has been debated. Would the way that light is projected on a work of art be part of the design? Should the artist decide on the color of the walls, the choice of furniture, the labels and information signs? Louis Marin accurately remarked that: “displaying works of art is not a minor task unrelated with the art, but the continuity of the production of the work of art; the term of production - to bring, to move the work of art “forward”- implies that art display ought to be recognized as a full part of the art [5] ”. Installations shows are obvious and common illustrations of this type of problems. The work of art and its design are often overlapping and become almost identical. For example, during the 1999 Venice Biennial, a video installation by Scottish artist Douglas Gordon showed the same two scenes of Taxi Driver in a loop slightly unsynchronized on two opposite walls of a room. Obviously this was not a screening of Martin Scorsese’s film Taxi Driver, but rather a creation based on a “re-interpretation” and a different display of the same film. Many similar examples could be found. Actually, some site specific works tend to be practically inseparable from their design. The only elements that eventually escape being part of the work of art would be the “labels”, “information signs” and “paths” of access, the light and the architecture of the site.

Problems caused by transforming pieces that were not conceived to be shown in the field of fine arts are quite different: literature, sound pieces, films, performances, Internet sites… and to a lesser extent some forms of non-western art, design, graphics, architecture, etc…Then, the vocation of exhibition designers becomes the creation of pieces to be exhibited. In literature, it means isolating text fragments, creating reading lounges or public readings; in architecture, it could be working on “representations”, sketches, plans, photographs, models, prototypes, synthesized image animations, etc… In performing arts, sketches, photos, recordings or even performances and concerts are often programmed in the exhibition space, or close to the space. The case of non-western arts or “applied arts” is somehow different since it implies choosing between a “documentary” approach (movies, photos, documents, lectures, etc…) and an “aesthetic” approach (setting up objects on stands, isolation, light set up). These “adaptations” are implying that an exhibition cannot be planned without a “pre-definition” of the objects to be exhibited. Moreover, some of the objects needing to be adapted to an exhibition format are sometimes “re-invented for the occasion”. Recently the development of “reading spaces” within the exhibitions -for example, at the Palais de Tokyo – shows the need to constantly generate new ways accessing contemporary art. This is a crucial issue in the case of interactive creations; creations which are usually more “hands-on” than “meant to be exhibited” in the traditional sense.

In recent years, exhibition designers’ most prevalent problem in the context of their task in contemporary art exhibits is related to films or videos presentations. One of the main challenges is the length of the show: while movie theaters are adapted to feature films, art shows are not. Françoise Parfait questions: “How is it possible to stand in an open space watching an half an hour monoband screening (the audience not having any clue about the duration of the film) when it is primordial to watch the whole film from the beginning in order to grasp its meaning? Should we propose video rooms or viewing lounges in museums and art centers [6]? ”. ” This issue became critical during Kassel’s latest Documenta (in 2002) when hundreds of hours of video projection were presented (it was virtually impossible to sit through them all). How can one have a satisfactory level of concentration when the projection is drowned in the middle of the “flow” of an exhibition? How could the problem of sound interference be solved when several videos are screened simultaneously? Most probably, these issues initiated the introduction of expressions such as “exhibition cinema” or “installed cinema” to label some cinema styles foreign to a more “classical” cinema presentation that could only be achieved via contemporary art shows. The issue of animated images exhibitions highlights the way relations are managed - relations between works of art and the public as well as relations between members of the public. In fact, “an exhibition (…) is an installation setting-up things and people in a same place [7] ”. The space is not only organized around the art works, but also to meet the public needs in order to ensure a most satisfactory visit. During the 19th century, visiting large exhibitions , such as at the Salon’s, meant putting up with dreadful conditions which were a permanent source of ironic comments in the press of the time; it is not the case now, with an increased number of lounges, audio-guides, cafeterias and souvenir shops showing an on-going concern to optimize the experience.

Two points have been raised regarding visitors’ remarks and the ways to “utilize” the exhibition. The first refers to the fact that while studying visitors “habits”, it becomes necessary to “model” their journey. Thus, since the 1920’s, specific studies have been conducted to determine the optimum quantity of works of art to show and the best placement for them in the space provided. These studies showed that visitors behavior varied in a relatively “predictable” way, according to the background, the type of exhibition, the room layout, the paths proposed, the number of objects, etc., something that doesn’t go without consequences on the exhibition design [8] . The second point derives from the first and is a more “critical” one. It has been made by media-historian Jonathan Crary and is related to the fact that visitors of an exhibition are usually “observers”, in the sense that they “observe”, they “respect”- rules, codes, instructions and uses that are imposed. Crary thinks that: “ Evident as it may seem, a person who sees -an observer- is above all, a person who sees within the frame of a pre-determined range of possibilities, a person who is inscribed within a system of conventions and limits”. As announced by a text distributed at the entrance of the 1901 “Pan-American” Exhibition: “We are asking you to remember that once you cross the threshold, you are a part of the exhibition [9] ”.

The issue surrounding the value of the design of an exhibition has often been raised over the last forty years as it became obvious that these designs project a “sense” and various curators started claiming authorship over specific designs as expression of their “artistic creation”. A creative “set-up” could actually bring significant changes over to a work of art (or a collection of works of art). A painting by Manet positioned next to a painting by Velasquez develops consequences on their “readings [10] . An exhibition design is a largely subjective exercise based on permanent de-composition and re-composition”. It is never neutral: Éric Troncy chose to exhibit a naked woman photographed by Helmut Newton next to a plaster Virgin by Katarina Fritzsch or a Bernard Buffet’s painting in front of a mural by Sol Lewitt thus provoking some critics’ despair [11] . The “relations” between works of art are defined by the exhibition designer and highlight their specific “comprehensions” inherent in their design itself. Is it possible to keep intact the memory of such meaningful juxtapositions? As early as the 1930’s, the MoMA began exhibiting images and documents related to certain “historical” exhibition designs, regardless of their status [12] ”. More recently, and soon after the 1970’s, some display techniques have been re-created within the exhibitions. That was the case for “Paris-New York” (1977) and “Paris-Paris” (1981). A large number of recent exhibitions have followed this trend, notably the “Dada” exhibition wherein one found an approximate re-construction of the Picabia show at Dalmau Gallery in Barcelona and also another (also approximate) re-construction of the First Berlin International Dada Fair (1920) were launched. In fact, exhibition design has become a “genre” of its own: in 1989 at the “Stationen der Moderne” exhibition at the Berlinische Galerie in Berlin, up to twenty historical German exhibitions were re-created [13] .

Jérôme Glicenstein
Paris, May 4th, 2006



Notes :

[1] For a general history of the Salon, see Gérard-Georges Lemaire, Histoire du salon de peinture, Paris, Klincksieck, coll. Etudes, 2004.
http://www.klincksieck.com/accueil.html

[2] Many works on Lissitzky have been published. His main reference is Sophie Lissitzky-Küppers’s book, El Lissitzky : Life, Letters, Texts (1967), New York, Thames & Hudson. 1992.
http://www.abebooks.com

[3] Among the well-documented catalogues on Frederick Kiesler, see specifically, Frederick Kiesler artiste-architecte (under Chantal Béret’s supervision). This book was published for the exhibition CNAC - Georges Pompidou , Paris, Editions du Centre Pompidou, 1996.
http://www.cnac-gp.fr/

[4] Regarding Herbert Bayer, see in particular, Alexander Dorner, The Way Beyond “Art” – The Work of Herbert Bayer, New York, Wittenborn, Schultz, Inc., 1947.
http://www.questia.com/

[5] See Fabrice Hergott, « Réponses au questionnaire “Accrocher une œuvre d’art” », in Cahiers du MNAM n°17/18, « L’œuvre d’art et son accrochage », Paris, Centre Georges Pompidou, 1986, p. 207.

[6] Françoise Parfait, Video : un art contemporain, Paris, Regard, 2001, p. 170.
http://www.editions-du-regard.com/regard/essais.html

[7] Claquemurer pour ainsi dire tout l’univers. La mise en exposition (under the direction of Jean Davallon), Paris, MNAM/CCI, coll. alors :, 1986, p. 205.

[8] See, for example: Publics et Musées n°8, « Études de publics, années 30 », Lyon, PUL, July-December 1995.
http://presses.univ-lyon2.fr/article.php3?id_article=19&id_livre=194

[9] Jonathan Crary, L’art de l’observateur. Vision et modernité au XIXe siècle (trad. F.Maurin), Nîmes, Jacqueline Chambon, coll. Rayon photo, 1994 (original edition: Cambridge, MIT, 1990), p. 26.
http://fr.bookbutler.com/
http://books.google.com/

[10] This is the topic of Victoria Newhouse’s book, Art and the Power of Placement, New York, The Monacelli Press, 2005.
http://www.rochester.edu/in_visible_culture/Reviews/MGreview.html
http://www.amazon.com/Art-Power-Placement/dp/product-description/1580931480

[11] Daniel Buren, “Where are the Artists”, in The Next Documenta Should Be Curated by an Artist, June-November 2003; available at http://www.e-flux.com..
http://www.e-flux.com/projects/next_doc/d_buren_printable.html

[12] Concerning this topic, see, in particular, Mary Anne Staniszewski’s book, The Power of Display. A History of Exhibition Installations at the Museum of Modern Art, Cambridge Ma-London, MIT Press, 1998.
http://mitpress.mit.edu/catalog/item/default.asp?ttype=2&tid=8169

[13] Stationen der Moderne. Die bedeutenden Kunstausstellungen des 20. Jahrhunderts in Deutschland, Berlin, Berlinische Galerie, 1988.
http://www.berlinische-galerie.de




Jérôme Glicenstein’s biography:

Jérôme Glicenstein is an artist and Associate Professor in Fine Arts at Paris University (Saint-Denis).
His lectures and his field of research deal with theories and practices of exhibitions. In addition, he is in charge of a university gallery and of the cycle of exhibitions “ To place/to displace” at the Saint-Denis Museum of Art and History.
He is also a regular collaborator for various magazines, in particular la Revue d’Esthétique and directs the magazine Marges.
He published various articles on the relations between art and the new media.




Publications to come:

« Dispositif », in Dictionnaire du corps (sld. Michela Marzano), Paris, PUF, 2006.
« L’art contemporain peut-il être populaire ? Remarques à propos de Nuit blanche », Revue d’Esthétique n°46, 2006.
« From Spectator to Actor: Experiments in the Gallery of Paris8 », in Proceedings of the XIXth Congress of IAEA (sld Jean-Christophe Vilatte), Avignon, IAEA, 2006.



Main recent publications:

« Internet — Sites d’artistes », Encyclopædia Universalis (CD-Rom), Paris, 2000.
http://www.universalis.fr/

« Le paysage panoptique d’Internet. Remarques à partir de Jeremy Bentham », Revue d’Esthétique n°39, Paris, Jean-Michel Place, 2001, p. 97-115.
http://www.jeanmichelplace.com/fr/revues/detail.cfm?ProduitID=1114&ProduitCode=7#

« Statistiques, rumeurs et anarchie », Parpaings n°25, 2001, p. 21-22.
http://www.jeanmichelplace.com/

« Le Guggenheim Virtuel », dans http://www.mudam.lu (sld Claude Closky), musée Grand-Duc Jean, Luxembourg, 2002.
http://www.mudam.lu

« Qu’attendez-vous du Palais de Tokyo ? », l’Info Noir/Blanc n°23, 2002.
http://www.caap.asso.fr/spip.php?rubrique2

« Le Palais de Tokyo : un “cinéma de situations” », Revue d’Esthétique n°42, Paris, Jean-Michel Place, 2003.
http://www.jeanmichelplace.com/fr/revues/detail.cfm?ProduitID=628&ProduitCode=7

« La muséologie d’Internet : quelques remarques à propos du Guggenheim Virtuel », dans L’art à l’époque du virtuel (sld Christine Buci-Glucksman), Paris, L’Harmattan, coll.Arts8, 2003.
http://www.editions-harmattan.fr/

« Changer de convictions ou changer de rôle ? Remarques à partir d’une enquête menée par le Site de création contemporaine du Palais de Tokyo », dans Art : changer de conviction (sld Jacques Morizot), Paris, L’Harmattan, coll. Arts8, 2004.
http://www.editions-harmattan.fr/

« La création artistique contemporaine face aux nouveaux médias », dans Arts plastiques et nouvelles technologies, Saint-Denis, Musée d’art et d’histoire, 2004.

« Quelques remarques à propos de Matrix », Revue d’Esthétique n°45, Paris, Jean-Michel Place, 2004.
http://www.jeanmichelplace.com/fr/revues/detail.cfm?ProduitID=1114&ProduitCode=7

« Le commissaire d’exposition entre auteur et interprète », Dossier signature n°57, Montréal, Esse arts+opinions, 2006.
http://www.esse.ca/fr/sommaire_ar.php?no=57




Author’s recommendation / Current events:

Exhibition: Architects' Exhibition Designs
115 European exhibitions designed by architects
7/7/2006 > 22/10/2006

Pavillon de l'Arsenal
24 bld. Morland
75004 Paris France
http://www.pavillon-arsenal.com/en/expositions/thema_modele.php?id_exposition=175
http://www.pavillon-arsenal.com/img/exposition/175/cp/PAV_175_CP.pdf



Translation: Kristine Barut Dreuilhe


Original version:
La mise en scène des œuvres d’art. Remarques à propos de la scénographie d’exposition.
http://www.pourinfos.org/




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L'Artiste et ses "modèles"


[english version below]

Face à la crise que traversent aujourd’hui non seulement l’art politique ou l’art critique (ce qui n’est pas du tout la même chose) mais bien l’art contemporain en tant que tel (si tant est que l’« état » de crise n’ait pas toujours constitué l’état « normal » de l’art, que l’art n’ait pas toujours été en crise permanente, crise qui se serait seulement accéléré, voire emballé, ces derniers temps, certains entendent en revenir à la vieille opposition (propre aux avant-gardes) art-document ou, du moins à la forme documentaire qui a dominé la dernière Documenta de Kassel. Ce que l’art ne pourrait pas, le document ou tout du moins l’art documentaire le pourrait. Comme si le document n’était pas en même temps quelque part toujours fictionnel. Comme si tout document n’était pas lui-même suspect. Comme si la prétendue « objectivité » ou la prétendue « transparence » du document n’étaient pas suspectes, tout comme s’avère éminemment suspecte cette bonne vieille notion d’expérience esthétique ici et maintenant, non médiatisée, à laquelle entendent s’accrocher les détracteurs de la forme document, tel Nicolas Bourriaud dans le catalogue de la dernière biennale de Lyon [1].

D’où, comme à l’époque de la revue Documents de Georges Bataille, la référence extra artistique aux sciences et tout particulièrement à l’anthropologie, la recherche par l’art de modèles extra artistiques, tout particulièrement du modèle anthropologique ou, si l’on préfère, du « paradigme anthropologique », même si la notion de paradigme a quelque chose de par trop exclusif pour être utilisée sans précaution (ce qui, selon Thomas S. Kuhn [2] lui-même, relèverait d’un usage abusif). Ce dans le sillage de deux articles.

Le premier est celui de l’artiste néo-avant-gardiste conceptuel Joseph Kosuth de 1974, L’Artiste comme anthropologue [3]. Article sans doute quelque peu confus comme souvent les écrits d’artistes, tout particulièrement des artistes conceptuels. Article qui entend instaurer une coupure (en un sens quasi-althussérien) entre un « art anthropologisé » et les « formes » qui l’ont précédé, qualifiées de « naïves », de l’activité artistique, y compris celles de l’art conceptuel antérieur. Ce encore que, pour Kosuth, c’était l’art antérieur qui était basé sur ce qu’il appelle le « paradigme scientifique », qui relevait selon lui du scientisme, tandis qu’au contraire l’art anthropologisé couperait avec ce paradigme.

Alors, soutient Kosuth, que l’anthropologue est un homme de science et, en tant que tel, se situe en dehors de la culture qu’il étudie, attitude que Kosuth qualifie de « désengagée », en revanche l’artiste comme anthropologue opère à l’intérieur de son propre contexte socioculturel dans lequel il se trouve totalement immergé (sans que Kosuth prenne en compte le caractère décontextualisant qui est celui de l’institution muséale au sein de laquelle, en tant qu’artiste néo- avant-gardiste, il continue à opérer), l’artiste comme anthropologue est un artiste que Kosuth qualifie d ‘ « engagé » (avec le caractère intentionnel que cela implique), sans pour autant, comme l’ « artiste protestataire », qu’il recoure à des sujets politiques ou esthétise l’action politique.

Alors que l’anthropologue cherche à comprendre les autres cultures, l’artiste, dit Kosuth, est au contraire celui qui « intériorise » l’activité culturelle de sa propre société. Aussi l’artiste comme anthropologue peut-il être capable d’ accomplir ce que l’anthropologue a toujours échoué à faire. Ce qui implique donc, paradoxalement, pour Kosuth, la supériorité de l’artiste comme anthropologue sur l’anthropologue son « modèle ».

Le deuxième article est celui du critique américain Hal Foster, auteur qui s’est fait à la fois le théoricien de ce qu’il a appelé la deuxième génération néo-avant-gardiste (Daniel Buren - Michael Asher…) cherchant à mener la critique de l’ institution artistique de l’intérieur même de celle-ci, et le compagnon de route de ce qu ‘il a désigné à l’époque comme le post-modernisme radical —celui des Pictures Artists regroupés autour de Douglas Crimp et de Rosalind Krauss— par opposition aux trans-avant-gardistes et autres représentants de ce que Raymonde Moulin a appelé l’art pour le marché des années 80. Article intitulé donc L’Artiste comme ethnographe ou la « fin de l’histoire » signifie-t- elle le retour à l’anthropologie ? [4]. Où l’on notera que le titre de l’article fait référence à la crise post-moderne de l’histoire —tant histoire continuiste à l’ancienne qu’histoire discontinuiste, « structurale », voire immobile—, à la tentation qui était alors celle d’une post-histoire. Histoire opposée ici non tant comme chez Michel Foucault, quelle que soit sa dette envers la « nouvelle histoire », à l’archéologie —même si a pu aussi faire jour dans l’ art récent un paradigme (ou, du moins, un candidat au titre de paradigme) archéologique— qu’à l’anthropologie, sans se borner pour autant à reproduire l’opposition qui avait prévalu dans les sixties entre histoire et structure puisque, dans ses développements, Foster entend prendre en compte une anthropologie qui ne soit plus simplement l’anthropologie structurale de Claude Lévi-Strauss. Foster ne se bornant de toute façon pas dans son texte à faire l’apologie de l’ anthropologie et encore moins de l’artiste comme anthropologue ou comme ethnographe mais cherchant à avoir un regard effectivement critique tant sur l’anthropologie (en prenant en compte les débats internes au champ anthropologique, ce qu’il caractérise, de façon demeurant malgré tout quelque peu moderniste, comme pratique autocritique de la part de l’anthropologie, autocritique qui, dit-il, a pu contribuer à la rendre attrayante aux yeux des artistes qui ont adopté le paradigme de l’artiste comme anthropologue) que sur l’artiste comme anthropologue. Tout comme je ne me bornerai pas à reprendre à mon compte l’article de Foster —si incontournable, sans doute, soit-il— mais en tenterai ici une lecture critique.

Le titre de l’article est bien entendu calqué sur celui de Walter Benjamin, L’Artiste comme producteur [5]. Texte dans lequel Benjamin soutient que l’artiste qui se veut « solidaire avec le prolétariat » —selon les termes consacrés à l’époque— ne saurait se borner à propager un « contenu politiquement juste » —si tant est que cela existe— mais doit être « artistiquement juste ». « Avant de me demander : quelle est la position d’une œuvre à l’ égard des rapports de production de l’époque, je voudrais demander : quelle est sa place dans ces mêmes rapports ? Cette question vise directement la fonction qui revient à l’œuvre au sein des rapports de production littéraires (ou plus généralement artistiques) des œuvres. Autrement dit, elle vise directement la technique littéraire (ou artistique) des œuvres ».

Nul économisme en cela puisque, pour Benjamin, à la différence du marxisme orthodoxe, l’art ne se borne pas à être superstructurel mais inclut ce que Benjamin appelle les rapports de production littéraires ou artistiques (même si Benjamin ne parvient pas à échapper à tout déterminisme technique, quel que soit le rapport dialectique qu’ entretiennent selon lui « forces de production techniques » non spécifiquement artistiques— et « rapports de production artistiques »).

Ce qu’Hal Foster interprète pour sa part d’une façon qui tout à fait contestable à partir de la conception productiviste telle qu’elle avait été défendue en URSS au lendemain de la révolution par les constructivistes devenus productivistes, conception selon laquelle l’artiste d’avant-garde (au sens tant artistique que politique, sens de toute façon inséparables) ne doit pas se contenter de se ranger « aux côtés du prolétariat » mais doit se muer lui-même en prolétaire, s’assimiler à un producteur au sens fort du mot, doit résoudre la contradiction artiste/producteur. Ce encore que le productivisme ramenait habituellement cette conception à celle de l’artiste ingénieur, ce qui fait que les dadaïstes Raoul Hausmann et sa compagne d’alors Hannah Höch avaient beau jeu de reprocher à la conception productiviste de continuer à mettre en avant la « maîtrise » —là encore dans tous les sens du mot— et lui opposaient la conception de l’artiste comme monteur, qui se borne à juxtaposer des fragments récupérés dans la production industrielle sans chercher en quoi que ce soit à les réconcilier, donc sans s’embarrasser de raccords (conception généralisée par la suite par Ernst Bloch [6], mais sans sa référence prolétarienne).

Ce alors que Foster se croit autorisé à retrouver —tout à fait hors de propos à mon sens— des vestiges du « paradigme productiviste » jusqu’à dans l’acte sculptural tel que repensé –élargi— dans les années 60 par un Richard Serra et dans la notion de « production textuelle » défendue par Tel Quel dans les mêmes années.

Sur quoi Foster n’en fait pas moins état des critiques à l’encontre du paradigme productiviste qui se seraient élevées à la même époque, principalement, dit-il, de la part de Jean Baudrillard, même si la critique de Baudrillard portait en fait non tant sur le productivisme que sur le fonctionnalisme, ce qui n’est pas du tout la même chose. Critiques qui, selon Foster, auraient entraîné le passage du paradigme productiviste à un « paradigme situationniste » demeurant mal défini et ce quand bien même la critique de Baudrillard n’a pas épargné les situationnistes eux-mêmes.

Mais toujours est-il que, selon Foster, l’on assisterait, depuis la deuxième moitié des années 80, à l’avènement d’un troisième paradigme, celui de l’artiste comme anthropologue ou comme ethnographe puisque c’est bien de l’enquêteur sur le terrain qu’il s’agit ici davantage que de l’anthropologue de cabinet (même si, pendant un instant, Foster semble hésiter avec encore un autre paradigme qui serait celui de l’artiste comme cartographe ou, plus généralement, comme géographe). Paradigme ethnographique qui, curieusement, entrerait en vigueur à une époque où, pourtant, entreraient en crise non seulement l’ethnographie critiquée par l’anthropologie structurale et l’anthropologie structurale elle-même ainsi qu’en fait bien état Foster mais l’anthropologie en tant que telle, du fait, pour une grande part, quoiqu’en disent les anthropologues, de l’écroulement de l’ère coloniale et des ambiguïtés de l’ère post-coloniale, si tant est qu’ère postcoloniale il y ait eu. Ce qui fait que l’anthropologie en crise a pu, à la même époque, se réclamer, à l’inverse, du paradigme de l’anthropologue comme artiste, ainsi que l’ont fait notamment Clifford Geertz [7] et James Clifford [8] qui traitent —au risque d’un évident esthétisme— des écrits des anthropologues comme de textes littéraires ou artistiques, de la texture fictionnelle de l’anthropologie, Clifford allant jusqu’à parler de « surréalisme ethnographique » (ce sur quoi Foster ironise en parlant à son tour de l’anthropologue comme collagiste, collage multiculturel s’entend). Déconstruction –sinon certes abolition— de l’opposition entre art (et littérature) et anthropologie. En même temps que, ainsi que le relève Foster, l’anthropologie —en l’espèce l’anthropologie culturelle— a pu présenter son objet d’étude, la culture, comme le fruit de la création d’artistes collectifs, a pu assimiler les peuples à des artistes. Geertz [9] a pu traiter des cultures elles-mêmes comme de textes analogues à des textes écrits, a pu « textualiser » les cultures non écrites elles-mêmes, avec pour effet (contestable) de les décontextualiser de leur situation d’énonciation discursive (ainsi que des intentions des agents) et de faire en définitive de l’anthropologie un méta texte, une herméneutique, quand bien même, pour Geertz, le sens des faits étudiés n’est habituellement nullement dissimulé, les autochtones ne sont pas des idiots culturels mais sont des anthropologues spontanés (sans que cette notion comporte ici quoi que ce soit de péjoratif), ce sont les premiers interprètes de leur propre culture, de sorte que l’anthropologie apparaît —loin de la « simple description », du « retour aux choses mêmes » de l’ethnométhodologie d’ Harold Garfinkel [10] — comme une interprétation de deuxième ordre, une « interprétation d’ interprétation » qui doit se tenir au plus près de l’interprétation qui est celle des populations observées. Ce encore que Geertz n’en perpétue pas moins une inégalité de statut entre anthropologue et « informateur », une hiérarchie entre interprétations de premier et de deuxième ordre. Les interprétations de l’anthropologue ne sont pas destinées à être lues par les populations concernées mais par les seuls anthropologues en titre, par la seule « communauté des anthropologues », par le seul « monde des anthropologues ». L’échange herméneutique entre anthropologue et « anthropologisé » demeure, à l’image de l’échange entre colon et colonisé, un échange foncièrement inégal. Ce qui amène Clifford [11] à remettre en question l’autorité de l’ethnographe, son autorité et son « auteurité », à réclamer, à la suite de Roland Barthes [12], la mort de l’auteur, du moins de l’auteur individuel sinon de l’auteur collectif, et l’avènement du lecteur, lecteur là encore collectif, pluriel, à parler, plutôt que de l’anthropologue comme auteur, du « récit anthropologique » comme texte littéraire. En même temps que se profile un nouveau paradigme —non tant pour l’anthropologue que pour l’anthropologie—, celui de la négociation (sur le même modèle que, en photographie, le portrait négocié), du dialogue, de la conversation, de l’intersubjectivité, du partage (et certes pas du seul « partage d’exotismes ») entre anthropologue et « anthropologisé », voire d’une effective réciprocité, chacun ethnographiant et interprétant désormais l’ « autre ».

Cependant qu’il faut bien prendre en considération également que l’apparition du paradigme de l’artiste comme anthropologue est à rapporter à l’entrée —qu’il est permis, avec Adorno, de déplorer sans s’enliser pour autant dans un modernisme par trop réactif— de l’art dans le champ « élargi » de la culture —comme Krauss parle du « champ élargi » de la sculpture à propos de Serra et autres— que l’anthropologie est traditionnellement supposée « contrôler», encore que son monopole se trouve désormais menacé par la concurrence des cultural studies

Mais ce qui, du même coup, tend à donner à l’art se calquant sur l’anthropologie un caractère à proprement parler davantage éthique que politique, à une époque précisément où le reflux du politique laisse place à un certain retour de l’éthique, ce qui n’est pas du tout la même chose (sans pour autant confondre non plus éthique et morale), et ce quand bien même, comme a pu le dire Gilles Lipovetsky [13], il s’agirait tout au plus d’une éthique molle, « light », sans « engagement » véritable. Déconstruction, comme tel était déjà le cas de l’ancienne catégorie de sublime, de la distinction esthétique-éthique.

Et ici non pas tant éthique consensuelle, néo-humaniste, égalitariste, de type Family of Man, qu’éthique de l’Autre, de l’Autre avec un grand A, éthique de la différence, l’anthropologie se définissant elle-même désormais par opposition à la sociologie non plus tant comme enquête sur l’homme que comme quête de l’Autre. Et non pas tant Autre social qu’Autre culturel. Passage d’un sujet défini en termes de rapports économiques —sinon, déjà, de rapports politiques—, d’exploitation économique (le producteur, le prolétaire) à un sujet défini en termes d’identité culturelle, représentant d’une sous-culture « opprimée », « assujettie ». Ce en rapport avec le regain d’intérêt pour la question des identités à l’époque de la globalisation (ce que Foster rapporte non sans raison à un certain retour en force, à l’ époque actuelle, du sujet —et même d’un sujet substantiel— faisant suite à l’épisode structuraliste et post- structuraliste de la mort du sujet, de la mort de l’homme comme, en particulier, de celle de l’auteur —et à l’encontre, également, du sujet libéral, non substantiel, même si l’actuelle montée des identités ne s’oppose pas tant à la globalisation qu’elle n’en fait partie. Sujet, cependant, non plus tant prédéfini que sujet toujours en construction).

Et avec l’idée –tout comme c’était déjà le cas du paradigme de l’artiste comme producteur— que l’artiste n’a habituellement qu’un accès limité à cette altérité.

Mais, du fait de la crise de l’anthropologie elle-même, qui a nécessité de sa part une certaine reconversion, altérité non tant du « primitif » d’antan (encore qu’altérité réduite par sa reconduction à un stade antérieur de l’ « évolution » du Même) —altérité qu’avait déjà pu rechercher par le passé, tout en la résorbant, le primitivisme moderniste—, altérité du lointain (avec sa part d’exotisme), qu’altérité du proche, au risque de se complaire, comme avait pu, selon Foster, y tendre un Michel Leiris, dans la recherche de l’Autre en soi-même, dans l’intériorisation de l’Autre, dans l’ « auto- ethnographie » (tout comme la psychanalyse a pu critiquer la pratique de l’auto-analyse), voire au risque de projeter en l’Autre son propre idéal —ou faut-il dire son idéal du moi ?—, de nier l’Autre en tant que tel. Où l’ethnographie entrait toutefois jusqu’alors en concurrence avec la psychanalyse (l’Autre lacanien). Ce alors que, soutient Foster, l’ anthropologie a désormais définitivement remplacé la psychanalyse comme science de l’altérité. Anthropologie du proche qui peut prendre différentes facettes allant de l’anthropologie à laquelle se livre l’artiste anthropologue de son quotidien, de sa famille, de ses proches, à l’anthropologie des exclus, sans domicile fixe et autres nomades, migrants, sans papiers, rejetés du « système »… lesquels tendent à prendre dans la société contemporaine la place qui, par le passé, était celle du prolétaire.

Ce même si l’éthique de l’Autre tend toujours également à calquer cet Autre, absolument Autre si proche soit-il, sur l’Absolument Autre hors de toute attente qu’est le divin, la transcendance, l’Autre étant toujours pris dans un double bind entre sa subordination au Même qui le nie (éthique consensuelle) et son absolutisation (éthique de l’Autre proprement dite).

Enquête de terrain, en particulier, sur ce que Marc Augé [14] appelle les non-lieux, terrains vagues, friches… qui, davantage qu’ils n’entourent nos villes (avec ce que cela contient comme menace), viennent, les distinctions centre-périphérie mises en place pour penser le colonialisme et le post-colonialisme, étant de moins en moins pertinentes, trouer l’espace urbain. Art procédant non tant à une dénonciation qu’à une sorte de réhabilitation de ces non-lieux, réhabilitation non pas au sens habituel de l’urbanisme mais consistant à muer ces non-lieux en de véritables lieux anthropologiques au sens d’Augé (qu’il reprend à Certeau [15] ).

Mais ce qui n’en présente pas moins le risque de les (éco)muséifier, de les spectaculariser, d’en faire de nouvelles réserves ou de nouveaux parcs d’attractions, voire de nouveaux zoos humains, et de spectaculariser, de mythifier ou d’héroïciser les exclus eux-mêmes, de spectaculariser la détresse d’autrui comme le fait la photographie dite humanitaire.

Aussi Anthony Hernandez, photographe de Los Angeles, dans Paysages pour les sans-abri [16], a-t-il photographié les « abris » de fortune des « sans-abri » des SDF de Los Angeles, en choisissant, pour éviter tout voyeurisme, de ne jamais montrer les sans-abri eux-mêmes, mais seulement les traces qu’ils ont laissées de leur passage. Traces de campements, d’aménagements sommaires et temporaires en vue non pas de forger un monde meilleur utopique (l’utopie s’étant désormais réfugiée dans les micro-utopies des vernissages pour branchés du Palais de Tokyo), mais de résister comme ils le peuvent, et pouvant aller pour ce faire jusqu’à élaborer une sorte d’infra- architecture à la manière, dans d’autres contrées, aussi bien des traces dont les peuples nomades jalonnent les territoires qu’ils traversent que des favelas (favelas qui ont inspiré à l’artiste japonais Tadashi Kawamata ses Field Works –«field work » étant le terme utilisé en anthropologie pour désigner le travail de terrain– et ses propres « favelas » qu’il a édifiées notamment à Houston au pied des gratte-ciel high tech pour individus fortunés de construction récente comme en une sorte de montage architectonique). Traces elles-mêmes éphémères d’ aménagements éphémères que cherchent à pérenniser, en les documentant, les traces photographiques. Mais, donc, sans que jamais on ne voie ceux qui ont laissé ces traces et qui ont, « pour le reste », disparu. Ce qui a pu faire dire à Régis Durand [17] que, en fait, Hernandez ne jouait pas à proprement parler à l’anthropologue puisqu’il n’avait pas directement affaire aux populations concernées, à l’encontre de la tradition d’enquête anthropologique sur le terrain qui recherche la collaboration des sujets ou, du moins, de certains d’entre eux, les « informateurs », voire même, comme dans l’école de Chicago, fait de l’anthropologue un observateur-participant qui se mélange aux populations qu’il étudie. En fait, les photos d’Hernandez tendent toujours à magnifier les non-lieux qu’elles reproduisent en les inscrivant, comme l’indique le titre de la série, dans la grande tradition —le genre— de la photographie de paysage de l’ouest américain, nimbée qu’est celle-ci de spiritualisme.

Jacqueline Salmon, dans Chambres précaires, [18] a arpenté, pendant l’hiver 97-98, les chambres d’accueil mises à la disposition des SDF pendant les mois d’hiver par les institutions caritatives. Chambres qui, à la différence de ce que Virginia Woolf [19]revendiquait comme « une chambre à soi », doivent impérativement être entièrement libérées, corps et effets personnels, au lever du jour pour que leurs occupants « s’ emploient » à chercher du travail ou, du moins, leur subsistance. Chambres montrées donc par Jacqueline Salmon vides de leurs « occupants éphémères » et même ici, à la différence des friches photographiées par Hernandez, vides de toute marque d’appropriation de la part de ceux-ci, mais alors avec le défaut que l’exclu se trouve en quelque sorte doublement exclu, exclu à la fois du « non-lieu » que constituent les chambres précaires elles-mêmes (même si la notion de « non-lieu » proposée par Marc Augé se révèle une notion par trop ouverte, par trop fourre-tout, comprenant aussi bien les terrains vagues, les chambres d’hôtel trois étoiles comme les chambres précaires, les supermarchés, les autoroutes et leurs abords) et exclu de l’image, hors champ. Non tant mise à distance, distanciation, qu’exclusion. « Chambres sans âme » donc, mais dont, paradoxalement les photos renvoient, quoi qu’il en soit, à leurs occupants de passage, à ceux qui sont passés par là et se sont évanouis dans le tissu urbain, tendant à y renvoyer comme à une transcendance. D’où ici une certaine sacralisation du SDF en rapport avec le caractère par trop religieux des habituelles photographies d’architecture de Jacqueline Salmon (photographies d’architecture qui demeurent le fait des Chambres précaires, tout comme les photographies d’Hernandez demeurent des photos de paysage). Esthétique non plus de la représentation mais de la présentation où le SDF a pris la place de la divinité. Sublimation de l’exclu où l’on n’en retrouve pas moins, par-delà les différences, le caractère religieux qui est également trop souvent celui de la photographie humanitaire, de Migrant Mother de Dorothea Lange (qui passe pour une photographie humanitaire avant la lettre, faite pour la FSA pendant les années de dépression aux Etats-Unis mais qui a pu, en se trouvant déterritorialisée, servir par la suite de symbole pour d’autres causes comme, notamment, pour la guerre d’Espagne) à la Pietà de Kosovo de Georges Mérillon et à la Madone algérienne (sic) d’Hocine.

Esthétique –ou éthique– de la présence-présentation (plutôt que, comme dit Thierry de Duve [20] , présence-absence) pouvant dans certains cas se ramener à un simple retrait (plutôt qu’à une absence totale) comme dans cette autre série de photographies de Jacqueline Salmon intitulée Le Hangar [21] prise en 2001 dans le Centre aujourd’hui démantelé de Sangatte (que l’on peut assimiler, davantage qu’à un non-lieu, non certes à une utopie ou même à une contre-utopie, mais à une hétérotopie au sens de Michel Foucault [22]). Si, pour le principal, ici encore, les corps des sans-papiers sont absents, les photographies se bornent toujours à montrer des lits de fortune, ici de simples lits pliants, néanmoins sont donnés à voir, témoignant d’ une occupation des lieux, du linge qui sèche ainsi que quelques vêtements épars et des paires de chaussures qui traînent. Apparaissent même furtivement dans le champ quelques hommes qui dorment. Mais, dissimulés qu’ils sont sous des couvertures, dépourvus de visages, non identifiables –ce qui était sans doute nécessaire pour des raisons de sécurité–, ils n’en tendent pas moins à perdre tout caractère proprement humain pour se trouver comme choséifiés. Déspectularisation, dédramatisation (comme dans L’Exécution de l’empereur Maximilien d’Edouard Manet où le « grand événement », l’événement historique objet de la peinture d’histoire, se trouvait, à la différence du Trois mai 1808 de Goya, dédramatisé), à l’encontre certes de toute « esthétique du choc » —si tant est qu’esthétique du choc il puisse y avoir— comme de la photographie humanitaire, mais qui risque alors de faire retomber la scène dans ce qui est tenu non pour un événement historique mais un événement de moindre importance, de la faire retomber dans l’ indifférence.

Mais ne convient-il pas alors de rendre au clandestin ou à l’exclu son droit à l’image plutôt que de le maintenir dans l’absence d’image, dans l’exclusion de l’image ?

Ce à quoi s’est essayé Andres Serrano dans sa série intitulée Nomades où il a photographié des SDF dans un studio improvisé au sein du métro new-yorkais, mais qui, en abusant d’effets de clair-obscur très caravagesques (Caravage qui utilisait lui-même comme modèles des gens du peuple), a par trop monumentalisé (opposition ici monument-document) ceux qu’il photographiait.

Tentative aussi de la part du danois Jens Haaning qui a photographié des immigrés des première génération vivant à Copenhague à la façon de photos de mode branchées où ils figurent en lieu et place des top models top consacrés, accompagnés de la liste détaillée des vêtements qu’ils portent avec indication de leur marque et de leur prix, tout comme dans American Psycho, le roman de Bret Easton Ellis. Cependant que, dans The Refuge Calendar, il a conçu un calendrier pour l’année 2002 où il a substitué aux habituelles pin-up des photos de demandeurs d’asile en Finlande.

Ce qui nous éloigne du modèle anthropologique pour nous proposer toutes sortes d’autres modèles empruntés à la haute comme à la basse culture. Cependant que l’artiste qui se rapproche peut-être le plus du modèle anthropologique tout en réussissant à en éviter les embûches est sans doute Gabriela de Gusmao Pereira qui, dans Invention Street [23], a photographié dans les rues de Rio comme un peu partout dans le monde, y compris en France, non pas la condition misérable mais la débrouillardise, l’inventivité, l’ « art sans art » des SDF – souvent effectivement visibles dans ses photos– que ce soit pour s’abriter, pour se ménager des aires de repos, pour porter leurs charges ou pour chercher à vendre des bricoles, non pas simplement pour « survivre » —la survie s’avérant toujours en dernier ressort une sous-vie— mais pour vivre véritablement leurs vies. Sortes de tactiques au sens de Michel de Certeau [24] pour résister à leur façon à leur broyage par la société dite de consommation, même si ici, il ne s’agit pas, comme dans la pratique de la perruque étudiée par Michel de Certeau, de personnes disposant d’un travail et détournant leurs instruments de travail à des fins personnelles, mais de personnes sans emploi qui détournent à leur façon certains reliquats de la société de consommation comme les caddies de supermarchés. On est loin des véhicules pour sans-abri et autres bâtons d’étranger proposés par Krystof Wodiczko qui, si jamais ils étaient réellement mis à la disposition des exclus, sous prétexte de les mettre en relation avec les passants, non seulement les maintiendraient dans leur altérité mais les isoleraient encore davantage dans leur altérité. Ici le fait que, sur les photos, les SDF soient souvent visibles ne pose pas problème car ils ne sont pas présents sur un mode victimaire qui participe à leur écrasement, pas davantage certes que sur un mode militant, mais en tant que sources d’une créativité proliférante. Tout au plus peut-on regretter que Gabriela de Gusmao Pereira, elle, ne soit jamais visible sur ses photos, que, quelle que soit la place « donnée » à la créativité de ceux qu’elle photographie, son travail demeure encore trop « à sens unique ».

C’est aussi à la créativité des dominés –en l’occurrence la créativité architecturale– que s’est intéressé le groupe Stalker (qui s’est réapproprié le titre du film d’Andrei Tarkovski) basé à Rome, qui se présente comme un « laboratoire d’art urbain » à géométrie variable dont la composition varie en fonction des projets à réaliser, fondé par des architectes et faisant travailler ensemble à la fois des architectes, des artistes, des photographes, des vidéastes et des anthropologues (au lieu ici que l’anthropologue se borne à être un modèle pour les artistes) et qui pratique des marches. Ce qui en fait des architectes-marcheurs qui se font eux-mêmes nomades à l’opposé du caractère habituellement sédentaire de l’architecture, et, à l’opposé de toute spectacularisation, expérimentant de l’intérieur le phénomène urbain par la marche, tout comme il a pu y avoir des sculpteurs-marcheurs (Richard Long, Hamish Fulton…), et usant largement comme ceux-ci de la photographie, à la différence cependant que les marches de Stalker ont lieu en territoire urbain et non en territoire rural. Et marches à « situer » également dans la mouvance des dérives situationnistes, à ceci près là encore que ces marches se déroulent non dans les quartiers résidentiels mais dans ce que Stalker appelle les « territoires actuels » —actuels au sens de temporaires—, notion plus circonscrite que celle de non-lieux désignant les terrains vagues, friches et autres zones urbaines non tant là encore périphériques ou marginaux qu’interstitiels qu’engendrent les métropoles urbaines en attente de réaménagement et qui constituent comme le refoulé de la civilisation urbaine. Territoires actuels dont, au terme des dites marches, Stalker dresse des cartes, soit un modèle cette fois effectivement cartographique ou géographique, quand bien même il s’agit de cartes destinées à faire perdre les habituels repères géographiques et touristiques. Cartographie –cartes et non pas calques pour reprendre les termes utilisés par Deleuze et Guattari [25]— à la fois de lieux autres – de type hétérotopies ou TAZ [26] elles-mêmes temporaires– et de formes de vie autres qui cherchent à échapper aux règles édictées par les architectes, les urbanistes, les bureaux d’étude, les politiciens et les planificateurs de tout poil, ainsi qu’à tout contrôle, et inventent toutes sortes de propositions nouvelles : squats, constructions illicites, « potagers sauvages »… Architectures sans architecte qui viennent servir de modèle aux architectes eux-mêmes. Loin que, comme cela a pu être le cas à Pessac [27], l’habitant soit culpabilisé, mis en accusation pour avoir « dénaturé » l’architecture –en l’occurrence l’architecture de Le Corbusier– en y effectuant certains aménagements en vue de se l’approprier – il a pu être dit que l’architecture moderniste n’était en fait pas tant une machine à habiter qu’elle n’était inhabitable, le moindre meuble rapporté dans une demeure construite par exemple par Mies van der Rohe étant ressenti comme une intrusion–, l’habitant est ici reconnu pour celui qui fait, sinon l’architecture, du moins l’habitat, tout comme, selon Duchamp, c’est le regardeur qui fait le tableau ou, dans les portraits « exécutés » par certains portraitistes, ce n’est pas tant le portraitiste que le portraituré qui fait le portrait. Ce qui fait de la propre pratique de Stalker une critique en acte du fonctionnalisme moderniste. Ce même si Stalker a depuis tendu à retomber dans la conception de l’artiste non plus comme ethnographe mais comme remédiateur social, ce qui est beaucoup plus discutable, la remédiation sociale s’avérant toujours illusoire en ne faisant que mettre un peu de baume sur les plaies sans être en mesure, en quoi que ce soit, de résoudre les problèmes en suspens.

Cependant que le paradigme cartographique a été également repris par l’architecte Stefano Boeri et son agence Multiplicity basée à Milan, qui, là encore, s’assure des concours les plus divers (dont celui du photographe Gabriele Basilico) qui ont entrepris de dresser ce qu’ils appellent des « atlas éclectiques » —c’est-à-dire utilisant des supports hétérogènes en l’absence de toute recherche d’une pseudo-unité suturant les contradictions— qui s’efforcent d’explorer la relation entre les transformations territoriales, les systèmes de régulation verticale et les formes toujours plus proliférantes d’auto-organisation locale.

L’artiste, plutôt que de prendre la parole au nom des prolétaires ou aujourd’hui des exclus, peut chercher sinon à « libérer la parole », du moins à donner la parole à ceux qui ne l’ont habituellement pas ou seulement d’une façon truquée comme sur les plateaux de télé-réalité. Soit peut-être un autre paradigme, celui de l’artiste comme porte-parole, à l’ opposé là encore, du porte-parole de Wodiczko qui se révèle tenir davantage du bâillon que d’un authentique porte- parole.

Jean-Claude Moineau
Paris, le 10 novembre 2005

Notes :

[1] Nicolas BOURRIAUD, « Time Specific Art contemporain, exploration et développement durable », Expérience de la durée, Biennale de Lyon, Paris musées, 2OO3.
http://www.cfwb.be/lartmeme/no029/pages/page4.htm

[2] Thomas KUHN, « Commentaires sur les rapports entre la science et l’art », 1969, La Tension essentielle, Tradition et changement dans les sciences, 1977, tr. fr. Paris, Gallimard, 1990.
http://www.gallimard.fr/auteurs/Thomas_S._Kuhn.htm
http://www.des.emory.edu/mfp/Kuhnsnap.html

[3] Joseph KOSUTH, « L’Artiste comme anthropologue », 1974, tr. fr. Textes, Anvers, ICC, 1976.
http://www.amazon.com/gp/product/0262111578/002-1919957-9836809? v=glance&n=283155

[4] Hal FOSTER, « L’Artiste comme ethnographe, ou la “fin de l’Histoire“ signifie-t-elle le retour à l’anthropologie ? », tr. fr. Jean-Paul AMELINE, ed. Face à l’histoire, L’artiste moderne devant l’événement historique, Paris, Flammarion- Centre Georges Pompidou, 1996.
http://www.cfwb.be/lartmeme/no026/pages/page7.htm
http://www.lettrevolee.com/halfoster.htm

[5] Walter BENJAMIN, « L’Auteur comme producteur », 1934, tr. fr. Essais sur Bertolt Brecht, Paris, Maspero, 1969.

[6] Ernst BLOCH, Héritage de ce temps,1935, tr. fr. Paris, Payot, 1978.
http://mitpress.mit.edu/catalog/author/default.asp?aid=2188

[7] Clifford GEERTZ, Ici et là-bas, L’anthropologue comme auteur,1988, tr. fr. Paris, Métailié, 1996.
http://www.sociotoile.net/article1.html
http://www.melissa.ens- cachan.fr/article.php3?id_article=254
http://www.amazon.com/gp/product/0804717478/002-1919957-9836809? v=glance&n=283155

[8] James CLIFFORD, Malaise dans la culture, L’ethnographie, la littérature et l’art au XXe siècle, tr. fr. Paris, ENSBA, 1996.
http://livre.archinform.net/author/James_Clifford.htm

[9] Clifford GEERTZ, « La Description dense, Vers une théorie interprétative de la culture », 1973, tr. fr. Daniel CÉFAÏ, ed. L’Enquête de terrain, Paris, La découverte, 2003.
http://www.http://lhomme.revues.org/document2042.html
http://www.amazon.com/gp/product/046503425X/002-1919957-9836809? v=glance&n=283155
http://www.amst.umd.edu/Research/cultland/annotations/Geertz1.html

[10] Harold GARFINKEL, « Le programme de l’etnométhodologie », 1996, tr. fr. L’Etnométhodologie, Une sociologie radicale, Paris, La découverte, 2001.
http://www.unige.ch/fapse/SSE/groups/life/livres/alpha/F/Fornel_2001_A.html

[11] James CLIFFORD, « De l’autorité en ethnographie », Le récit anthropologique comme texte littéraire », 1981, tr. fr. Daniel CÉFAÏ, op. cit.

[12] Roland BARTHES, « La Mort de l’auteur », 1968, Œuvres complètes, tome II, Paris, Seuil, 1994.
http://cernet.unige.ch/biblio/barth68.html

[13] Gilles LIPOVETSKY, Le Crépuscule du devoir, L’éthique indolore des nouveaux temps démocratiques, Paris, Gallimard, 1992.
http://www.gallimard.fr/

[14] Marc AUGÉ, Non-lieux, Introduction à une anthropologie de la surmodernité, Paris, Seuil, 1992.
http://www.urbanisme.fr/numero/337/Ide/invite.html

[15] Michel de CERTEAU, L’Invention du quotidien, tome 1, Arts de faire, Paris, Union générale d’éditions, 1980.
http://www.bibliopoche.com/livre/L-invention-du-quotidien-Tome-I--Arts-de- faire/21374.html

[16] Anthony HERNANDEZ, Landscapes for the Homeless, Hanovre, Sprengel Museum, 1995 et Landscapes for the Homeless II, Sons of Adam, Paris, Centre national de la photographie- Lausanne, Musée de l’Elysée, 1997.
http://www.photographie.com/? evtid=105269&secid=2%20&PHPSESSID=7971868c65ae815830b11badf4b65e4c

[17] Régis DURAND, « Fils d’Adam », Anthony HERNANDEZ, Landscapes for the Homeless II, op. . cit.
http://www.fetchbook.info/fwd_description/search_2867541085.html
http://www.etudes.photographie.com/noteslect/ndl0309.html

[18] Jacqueline SALMON et Paul VIRILIO, Chambres précaires, Heidelberg Kehrer, 2000.
http://www.campusi.com/isbn_3933257352.htm

[19] Virginia WOOLF, Une chambre à soi, tr. fr. Paris, Denoël- Gonthier, 1951.
http://www.lib.udel.edu/ud/spec/exhibits/woolf.htm

[20] Thierry de DUVE, « Performance ici et maintenant : l’art minimal, un plaidoyer pour un nouveau théâtre », 1980, Essais datés I 1974-1986, Paris, La différence, 1987.
http://home.netvigator.com/~jasperl/r%60tdd.htm#Brief%20Introduction

[21] Jacqueline SALMON, Le Hangar, Paris, Trans photographic press, 2001.
http://www.transphotographic.com/upload/fichier1141840590.pdf

[22] Michel FOUCAULT, « Des espaces autres », 1967, Dits et écrits 1954-1988, tome IV, 1980-1988, Paris, Gallimard, 1994.
http://foucault.info/documents/heteroTopia/foucault.heteroTopia.fr.html
http://books.google.fr/books
http://foucault.info/documents/foucault.entretienDangereux.fr.html
http://www.word- power.co.uk/platform/Michel-Foucault-Books

[23] Gabriela de Gusmao PEREIRA, Rua dos inventos – Invention Street, Rio de Janeiro, Ouro sobre Azul, 2004.

[24] Michel de CERTEAU, op. cit.
http://www.jesuites.com/histoire/certeau.htm

[25] Gilles DELEUZE et Félix GUATTARI, Capitalisme et schizophrénie, tome 2, Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980..
http://www.uta.edu/english/apt/d&g/d&gweb.html
http://www.webdeleuze.com/
http://www.revue- chimeres.org/guattari/guattari.html
http://1libertaire.free.fr/Guattari16.html

[26] Cf. Hakim BEY, TAZ, Zone autonome temporaire,1991, tr. fr. Paris, L’éclat, 1997.
http://www.lyber- eclat.net/lyber/taz.html

[27] Cf. Philippe BOUDON, Pessac de Le Corbusier, étude socio- architecturale, Paris, Dunod, 1969.
http://www.archinform.net/quellen/57906.htm

Biographie de Jean-Claude Moineau :

Après des études de linguistique, de philosophie, de mathématiques et de musique, jcm développe, dans les années 60, de nombreuses activités artistiques et « méta-artistiques » tournées notamment vers l’art conceptuel, la poésie visuelle, l’event, la performance, le mail art, « l’art au -delà de l’art ». Nombreuses expositions, individuelles et collectives, et performances à Paris, en province et à l’étranger ainsi que collaborations à des revues françaises et internationales. Cofondateur de différents groupes et revues. Organisateur à Orléans du premier Festival Permanent.

Puis, comme tant d’autres dans le contexte soixante-huit, jcm interrompt toute activité artistique.
Contrairement à beaucoup d’autres qui n’ont pas tardé à reprendre le chemin d’activités artistiques, jcm s’est toujours depuis refusé à reprendre, comme si de rien n’était, son activité antérieure. Ce qui ne l’a cependant pas empêché de continuer à s’intéresser à l’art et aux apories dans lesquelles celui-ci se débattait. Ce en quoi la démarche de jcm est restée malgré tout « méta-artistique » au sens de ce « qui traite (de façon critique) de l’art ».

Depuis 1969 jcm enseigne la théorie de l’art à l’université de Paris 8 où il a notamment créé et, pendant longtemps, dirigé, la formation de premier cycle Arts, tout en préservant un regard à la fois prospectif et critique sur l’art en train de se faire. Participation à de nombreux colloques et tables rondes. Commissariat d’expositions.

Principales publications récentes :

- L’Art dans l’indifférence de l’art, Paris, PPT, 2001.
http://www.e- ppt.net/pages/achats.html
- « La Musique s’écoute-t-elle encore ? », Musiques d’aujourd’hui, Actualité en 26 propos, Conseil général de la Creuse, 1993.
http://www.synesthesie.com/heterophonies/theories/moineaulamusiquetxt.html
- « Who’s Afraid of Video ? », Giallu, Revue d’art et de sciences humaines n° 5, Ajaccio, 1995.
- « Trop Much », Deuxième mois « off » de la photographie à Paris, Paris, 1996.
http://www.myope.com/mois- off/off.html
- « After Art After Philosophy », (Easy) Viewing, St. Denis, Musée d’art et d’histoire, 1997.
- « Paragraphs on Contextual Art », Présente n° 1, Paris, 1997.
- « Le Récit de l’art », Le Récit et les arts, Paris, L’Harmattan, 1998.
- « Habiter le cyberspace ? », Episodic n° 4-5, Paris, 1998.
http://www.e- ppt.net/pdf/catal_2006.pdf
- « Ca va faire mal », Output n 2, Séoul, 1999.
- « Le Réseau de l’art », Output n°3, Séoul, 1999.
- « Au-delà de la valeur d’exposition », Avis de passage, St. Brieux, ODDC Côtes d’Armor, 2001.
- « Ca va ça vient », BERNARDINI, Alain, 1995/2002, Brétigny-sur-Orge, Espace Jules Verne, 2002.
http://www.sdnf.net/panoramic/panoramic.html
- « A compte d’auteur » Allotopie n°B, Copyleft, Rennes, Incertain sens, 2003.
http://www.uhb.fr/alc/grac/incertain-sens/commande.htm
- « Fluxus : une critique artiste de l’art », Luvah hors série n°29, Besançon, Luvah- Dijon, Presses du réel, 2004.
http://www.4t.fluxus.net/colloque01.htm
http://www.4t.fluxus.net/40p-a-lo.htm
- « Une théâtralité post-théâtrale », CORVIN, Michel et ANCEL, Franck, ed. Autour de Jacques Polieri, Scénographie et technologie, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2004.
http://bibliographienationale.bnf.fr/Livres/M6_05.H/cadre792-1.html
- « De la photographie comme opérateur critique à la photographie comme opérateur d’art », Ligeia, Dossiers sur l’art n°49-50-51-52, Paris, 2004.
http://revue-ligeia.com/contenu.php? id=19
- « Qu’est-ce que l’art a à faire des images ? », Art grandeur nature 2004, Saint-Ouen, Synesthésie 2004.
http://www.seine-saint-denis.fr/agn/
- « Le Concert des nations à l’ère de la globalisation », La Toison d’or, Laboratoire artistique flottant, Girold, Apollonia, 2004.
- « Pour une nouvelle économie de l’art »,Guy CHEVALIER, Économies silencieuses et audaces approximatives, Paris, PPT, 2005.
http://www.e-ppt.net/ -« Polyrythmie », Urban Rhythms Human Rhythms, Pékin, Beijing Film Academy / Saint-Denis, Université de Paris 8, 2005.
-« Fluxus, un en-jeu géopolitique », 20/21 siècles, Cahiers du Centre Pierre Francastel n°2, Fluxux en France, 2005.
-« Étant donnés », Checkpoint n°1, 2006.




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The artist and his "models"

By Jean-Claude Moineau



Facing the crisis that not only political art or critical art, (two totally different concepts), but contemporary art itself are experiencing, (knowing that “the state” of crisis has always been the “normal” state of art, that art has always been in a permanent state of crisis, a crisis that has recently increased, even accelerated), some people intend to go back to the old polemic (relevant to the various avant-gardes) between documentary-art, or rather, documentary form that inspired Kassel’s last Documenta. What art couldn’t do, documentary, or rather, documentary art, could. As if the so-called “objectivity” or the so-called “transparency” of the document were not suspect, as much as the good old notion of aesthetic experience, here and now, non-mediatized, that most detractors of the document form such as Nicolas Bourriaud in the catalogue of the last Biennale de Lyon [1], cling to.

That context created at the time of Documents, Georges Bataille’s review, the extra artistic reference to science, and especially to anthropology, the search for extra artistic models through art, especially for the anthropological model, or rather the “anthropological paradigm”, even though the notion of paradigm has something too exclusive to be used without care (which, according to S. Kuhn [2]himself, would be abusive). The two following articles also aim in that direction.

The first article, Artist as anthroplogist [3], was written in 1974 by the neo avant-garde conceptual artist Joseph Kosuth,. The piece is really not clear, like most artists writings, especially conceptual artists. It intends to establish a break (in a quasi-Althusser sense) between an “anthropologized art” and the “forms” preceding it what he calls “naive”, relating to artistic activity including the forms of earlier conceptual art. According to Kosuth, earlier art was based on what he called a “scientific paradigm”, and was related to scientism, when, on the contrary, anthropologized art would break from this paradigm.

Kosuth believes that the anthropologist is a man of science, and therefore positioned himself outside of the culture he’s studying; he calls this attitude “un-committed”. But the artist as an anthropologist operates inside his own socio-cultural context and finds himself totally submerged (Kosuth doesn’t see the de-contextualizing character which is that of the museum within which, as an neo avant-garde artist, he continues to mingle), the artist as an anthropologist is an artist that Kosuth would consider “committed” (with the intentional character this implies), but will not use political discourses or bring any aesthetics in the political action as the “protest artist” will.

Kosuth believes that while the anthropologist tries to understand other cultures, the artist, on the contrary, “interiorizes” his own socio-cultural activity. Therefore, the artist as an anthropologist is able to accomplish what the anthropologist has always failed to do. For Kosuth, this paradoxically implies the superiority of the artist as an anthropologist over the anthropologist, his “model”.

The second article is written by the American critic, Hal Foster. The author is both the theoretician of what he calls the neo avant-garde second generation (Daniel Buren, Michael Asher…) who tries to carry on the criticism of artistic institution from the inside, and the road companion of what he calls, at the time, radical Post Modernism - represented by Pictures Artists around Douglas Crimp and Rosalind Krauss - by opposition to the trans-avant-garde and other artists representing what Raymonde Moulin called art for the 80’s Market. The article is called The artist as an ethnographer or does the “end of history” mean the return to anthropology?[4]. One will notice that the title of the article refers to the Post-Modernist crisis of history - ancient continuity history as well as dis-continuity, “structuralism” history, or even still history - to the temptation of what was then a post-history. History is opposed, not like in Michel Foucault’s, whatever his dues to “new-history” are, but to archeology - even though an archeological paradigm appeared in recent art (or rather, a candidate to the title of paradigm), but to anthropology, in reproducing entirely the opposition prevailing in the 60’s between history and structure, as Foster intends in his demonstrations to show an anthropology that would no longer be only Claude Lévi-Strauss’s structural anthropology. In his text, Foster does not praise anthropology or even less so, the artist as an anthropologist or as an ethnographer, but intends to have a truly critical view, both on anthropology (with the internal debates inside the anthropology field, that he calls an auto-criticism practice from anthropology, in a somehow modernist fashion; auto-criticism that, according to him, could have contributed to make it appealing to the artists’ eyes that have adopted the artist as anthropologist paradigm), and on the artist as an anthropologist. I will not only use Foster’s article as my own - as inescapable as could it be - but I will attempt to make a critical reading of it.

The title of the article, is, of course, modeled over Walter Benjamin’s L’Artiste comme producteur [5]. In this text, Benjamin sustains that the artist who “shows solidarity with the proletariat” - according to the terms used then - wouldn’t only spread “a politically-right content” – when possible - but must be “artistically right”. “Before asking myself: what is the position of a work of art in relation with the means production at that time, I would like to ask: what is its place within these same means? This question directly aims at the function of the “oeuvre” within the literary production means (or broadly artistic means) of the works of art. In other words, it directly aims at the literary (or artistic) technique of a work of art”.

No Economism in this, since, according to Benjamin, art is not only super-structural unlike orthodox Marxism, but includes what Benjamin calls literary or artistic production links (even though Benjamin avoids technical determinism, whatever dialectical links are being maintained by “the technical production forces” - non specifically artistic - and “the artistic production means”).

What Hal Foster interprets in a totally contestable manner from the Productivist conception as it was defended by USSR right after the revolution launched by the Constructivists, who became later the Productivists, is a conception based on the idea that the avant-garde artist (both in an artistic and in a political sense, that are inseparable anyway) cannot limit himself “to back up the proletariat”, but must become himself a proletarian, must assimilate into a producer in the strong sense of the word and must resolve the artist/producer contradiction. Productivism generally brought back this conception to the engineer/artist conception; the Dadaist Raoul Hausmann and his then companion, Hannah Höch would make a point in reproaching the Productivist conception to carry on praising “expertise” - here again, in all senses of the word – and would oppose to it the conception of the artist as an assembler who only puts pieces recuperated in the industrial production together, without trying to reconcile them in anyway, therefore without being concerned with how they are joined together (that conception was generalized later on by Ernst Bloch [6], without the proletarian reference).

At the same time, Foster allows himself to rediscover – totally out of context, in my opinion – some remains of “Productivism paradigm” in the sculptural action as re-understood – enlarged – in the 60’s by a Richard Serra, and of the notion of “textual production” championed by Tel Quel during the same period.

Foster starts then to relate criticisms held against the productivism paradigm happening at the same time, mainly, he says, from Jean Baudrillard, even if Beaudrillard’s criticism was not aimed at Productivism, but rather at Fonctionalism, which is totally different. According to Foster, these criticisms would have lead the way from a Productivist paradigm to a “Situationist paradigm”, still badly defined even when Baudrillard’s criticisms do not spare the Situationists themselves.

In any case, according to Foster, would we be witnessing the coming of a third paradigm since the second half of the 80’s, the artist as anthropologist, or as ethnographer, since we’re dealing here with a field investigator rather than a office anthropologist (even though Foster seems to hesitate with an other paradigm which would be the artist as a cartographer, or rather as a geographer). An ethnographer paradigm, which oddly enough, would be launched at a time when a crisis would start, not only between ethnography criticized by structural anthropology and structural anthropology itself, just as relates Foster, but anthropology as such, mainly due to - no matter what the anthropologists are saying about it - the fall of the colonial era and the ambiguities of the post-colonial era, if it’s true that there ever was a post-colonial era. At the same time, the anthropology in-crisis could claim itself, unlike the anthropologist as an artist paradigm, as Clifford Geertz [7] and James Clifford [8] did, who are dealing - without falling into obvious aesthetics - with anthropologists writings as literary or artistic texts, of the fictional texture of anthropology, Clifford going as far as talking about “ethnographic Surrealism” (Foster, being ironical about that, also starts to talk about the anthropologist as a collage artist, multi-cultural collage artist, that is). Deconstruction - if not abolition - of the opposition between art (and literature) and anthropology. At the same time, as Foster relates, that anthropology - in this case, cultural anthropology – can present its subject of study, culture, as the result of some collective artists creativity, could assimilate nations to artists. Geertz [9] has been able to handle cultures themselves as texts similar to written texts, to “textualize” non written cultures themselves, with a (questionable) goal to de-contextualize them from their discursive enunciation situation (as well as from the agents’intentions) to finally consider anthropology as a meta-text, a hermeneutic, when, according to Geertz, the meaning of studied facts is generally not concealed, native people are not cultural idiots, but are spontaneous anthropologists (without any derogatory intention), they are the first interpreters of their own culture, so that anthropology appears - far from the “simple description”, the “return to the real things”, far from Harold Garfinkel’s
[10] ethno-methodology - as a second class interpretation, “an interpretation of an interpretation” which aims to remain next to the populations under study. This allows Geertz to build a disparity in the anthropologist and in the “informant” status, a hierarchy between first class and second-class interpretations. The anthropologist’s information is not meant to be read by the concerned populations, but only by “the anthropologists world”. The hermeneutic exchange between the anthropologist and the “anthropologized” resembles the exchange between settlers and colonized peoples, a deeply unequal exchange. This leads Clifford [11] to question the authority of the ethnographer, “his authority and his author-ity” to demand, following Roland Barthes [12] path, the author’s death, at least the individual author if not the collective author, and the reader’s accession to talk, here again, the collective reader, plural, rather than the anthropologist as the author, and ask for the “anthropologist account” as a literary piece. At the same time that appears a new paradigm - not as much for the anthropologist as for anthropology - the paradigm of negotiation (based on the negotiated portrait in photography), of dialogue, of conversation, of inter-subjectivity, of sharing (and not only “exotic sharing”), between anthropologist and “anthropologi-zed”, of even an effective reciprocity, every one ethn