Droit de réponse à Richard Leydier.
Les époques comme la nôtre, où s’opère un changement radical de civilisation, suscitent les réactions les plus contradictoires : si d’aucuns s’accrochent à leurs intérêts acquis ou s’enferment dans la nostalgie nombre d’autres, chercheurs, scientifiques, philosophes, artistes, s’investissent et agissent comme les bâtisseurs d’un monde, à travers le dialogue interdisciplinaire et une dynamique de réseau où les chapelles n’ont plus leur place …
A l’aube du 20 ème siècle déjà, l’emploi du collage, par de jeunes artistes encore inconnus, a pu heurter les tenants de la tradition. Ce nouvel outil allait pourtant devenir très vite, une des pierres fondatrices de l’esthétique moderne. Quel rapport entre un cannage de chaise, un papier peint, un urinoir ou une Marilyn ? Et l’on sait que depuis Duchamp, depuis Warhol, tout peut être de l’art. Au-delà du cubisme, de l’art conceptuel, du pop art, la recherche d’une unicité théorique, idéologique, formelle, est à mes yeux, aussi vaine que réactionnaire.
J’ai sous les yeux le catalogue de votre intéressante exposition au musée de Lyon. My favorite things Peinture en France. Quel rapport entre Avella-Bagur, Ronan Barrot, Daniel Clarke, Robert Combas, Vincent Corpet, Béatrice Cussol, Agathe May, Pierre Moignard…? Je vous laisse répondre vous- même à cette question. : «.. Ma vision de la peinture contemporaine, on le voit aisément avec les tableaux réunis dans cette exposition, se distingue en premier lieu par son éclectisme formel... » Il semble que nous soyons parfaitement d'accord sur l'éclectisme qui caractérise la peinture contemporaine... Nous souhaitions précisément dans Hibrid, éviter cette attitude qui consiste à cloisonner et atomiser la création en l’enfermant dans des chapelles aux repères aussi balisés qu’artificiels. Notre conviction est, tout au contraire, que c’est de la confrontation des tendances les plus diverses héritées du modernisme, qu’est en train de naître un art nouveau issu du métissage.
« La douloureuse indigestion » que vous évoquez à la lecture d’Hibrid est peu respectueuse à l’égard de vos nombreux confrères qui ont collaboré directement ou non à l’ouvrage mais surtout à l’égard des artistes qui y figurent. Quand vous parlez de cette « chose picturale » qu’il va falloir « endiguer », de ce « tri drastique» nécessaire, je me dis que nous n’en n’avons malheureusement pas encore fini avec l’ostracisme qui n’a que trop sévi en France à l’égard de la peinture, durant la décennie passée. …. Et pourquoi ne pas instaurer un système de quotas qui ne retiendrait que les « bons » artistes ? L’heureux temps des « refusés » se perpétuerait-il ? Voilà qui promet d’être passionnant, car l’art en France s’est toujours nourri par réaction contre les pouvoirs trop exclusifs. Aucune autorité ne doit confisquer la création ni décider de ce qu’est et ce que sera la peinture aujourd’hui et demain.
Non Mr Leydier, la nouvelle figuration et la figuration narrative n’influencent pas de façon évidente les nouvelles générations d’artistes. Depuis une quinzaine d’années, l’influence anglo-saxonne a été bien plus forte chez nos créateurs. Ce n’est pas une conviction personnelle, mais un constat. Pour s’en assurer, il suffit d’interroger les artistes concernés, ce que nous avons longuement fait sur le terrain. Les Américains ont su, au lendemain de la seconde guerre mondiale, se créer une identité culturelle, en partant de sources essentiellement européennes. Pour être crédible, pour redonner un souffle nouveau à notre scène hexagonale au delà de nos frontières, il est indispensable de reconnaître et assumer à notre tour cet héritage anglo-saxon, sans chercher à se réinventer une filiation nationale incertaine.
De l’argentique au numérique, il ne s’agit pas d’une avancée mais d’une mutation profonde. Nous sommes dans le domaine du virtuel. Nous sommes dans le domaine du virtuel. La quête d’un nouvel espace pictural capable d’exprimer les nouvelles réalités et irréalités du monde contemporain est un des grands défis posés aux nouvelles générations d’artistes. Hibrid n’est qu’une des premières pierres d’un vaste et passionnant chantier à venir.
Je conclurais ce droit de réponse en insistant sur l’urgence de développer, en dehors de toute appartenance clanique, une synergie positive entre les différents représentants du monde de l’art. C’est par l’ouverture, la diversité, et le débat d’idées, que nous fédèrerons et revitaliserons la création. Cessons ces rivalités, finissons-en avec le corporatisme, l’exclusion et le mépris et rassemblons nos intelligences et nos énergies pour donner la parole aux artistes.
Alain Rosenbach. Artiste. Initiateur et co-auteur du livre. Hibrid. Regards croisés sur la peinture contemporaine en France.
Nathalie BENOIT
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